mercredi 26 mars 2014

À éviter " Family Killer" de Francis HUSTER (Le Passeur, vous avez économisé 18,50 euros)

S'inspirant directement de l'affaire Dupond de Ligonnès (un père de famille tue femme et enfants et disparait), Francis Huster nous fabrique ici un roman dont l'intrigue a une odeur de déjà-vu et dont le ton incroyablement grossier doit se vouloir viril.
Mais il confond virilité et vulgarité et une telle accumulation d'insanités, avec lesquelles il pensait peut-être donner du corps à un roman qui manque de tête, finit par lasser. De plus, il croit faire de son policier un héros (il a les mêmes initiales que lui, FH !) parce qu'il ne respecte rien ni personne, se moquant des lois, des juges et de ses propres collègues. Plus inquiétant : à la fin, il exécute lui-même le suspect d'une balle dans la tête et s'exclame :"Je pensais que ça giclerait plus que ça."
On sort de ce livre un peu sali et attristé.

À lire : "La clandestine du voyage de Bougainville" de Michèle KAHN (Le Passage , 19 euros)

1766. Jeanne Baret est la servante, l'adjointe et la maîtresse de Philibert Commerson quand celui-ci est invité à se joindre, en tant que botaniste, à l'expédition de Bougainville financée par Louis XV. Problème : les bateaux du Roi sont interdits aux femmes. Par persuasion, elle arrive à faire accepter à son amant une solution incroyable : elle va se déguiser en garçon et se faire passer pour son valet !
Ce subterfuge, digne d'un vaudeville, va fonctionner (un temps) et les voila partis pour un voyage d'exploration qui doit durer deux ans et qui va se révéler plein de découvertes (Tahiti) et de catastrophes...
Ce roman mené tambour battant rend hommage à celle qui, effectivement, a été la première femme de l'Histoire à accomplir un tour du monde !

À lire :"L'homme qui a vu l'homme" de Marin LEDUN (Ombres Noires , 18 euros)

Marin Ledun a déjà une douzaine de romans à son actif. Ce n'est donc pas un inconnu. Mais avec "L'Homme qui a vu l'homme", il signe son meilleur livre.  À la fois roman socio-politique basé sur des faits réels, enquête journalistique et fiction parfaitement construite, ce polar situé au Pays basque ne se lâche pas.
En 2009, un militant basque disparait et un jeune reporter cherche à comprendre ce qui s'est passé. Il va révéler des pratiques troubles venant de certaines officines proche de l'État espagnol. Ce qui est très dangereux...
Barbouzes, mensonges et trahisons, Marin Ledun garde un rythme vif et ne perd jamais son lecteur dans cette histoire très proche d'affaires récentes. Grâce à une documentation imparable, il nous fait comprendre les enjeux de cette lutte et les manipulations qui la sous-tendent. Et tout cela avec un souffle très prenant.

mardi 11 mars 2014

À lire : "Kinderzimmer" (ACTES SUD , 20 euros)

Quand elle est arrêtée, Mila sait qu'elle est enceinte. Est-ce un atout ou un handicap ?
Elle va très vite comprendre que c'est, à coup sûr, une raison de vivre dans ce lieu où tout conduit à la mort. En 1944, Ravensbruck est surtout un camp de femmes. Elles sont plus de 40.000 détenues de toutes nationalités.
Mila, qui n'est même pas juive mais un simple rouage dans l'organigramme de la Résistance, va découvrir le réseau secret de solidarité qui s'est mis en place pour protéger les femmes enceintes. Mais pour accoucher, impossible d'éviter la "kinderzimmer", sorte d'infirmerie spécialisée sur laquelle courent des bruits... contradictoires.
Un sujet de roman risqué, un roman qui peut faire peur mais qui révèle une délicatesse d'écriture surprenante et un aspect très peu connu de l'univers des camps.
Curieusement, il redonne espoir dans la nature humaine par la révélation du courage collectif  de ces femmes poussées au fond de l'abîme.

À LIRE : "La Corde" de Stefan aus dem Siepen (Editions Écriture , 16.50 euros)

Ils ont trouvé la corde un matin d'été dans un champs. Bizarrement, cette corde s'enfonce dans la forêt où elle disparait. Les hommes du village décident de la suivre pour éclaircir ce mystère, la moisson peut être retardée de 24 heures. Armés d'arc, de flèches et de haches, ils n'ont rien à craindre.
Pourtant le soir, ils ne sont pas rentrés, et le lendemain non plus. Les jours vont passer...
Les femmes sont mortes d'inquiétude mais vont devoir s'organiser.
Que s'est-il passé ?
Ce splendide roman, fable sur l'irruption de l'inconnu dans nos vies et les ravages qu'il peut causer, est une vraie découverte et a été un énorme succès en Allemagne. Par sa simplicité formelle et sa portée philosophique, il nous a semblé dans la veine de "L'Étranger" de Camus... et ce n'est pas un mince compliment !

vendredi 21 février 2014

à lire : " Les lois de la frontière " Javier CERCAS ( Actes Sud, 23 euros )

C'est pendant l'été 1978 qu' Ignacio les a rencontrés. Il n'aurait jamais dû, lui le fils de bourgeois, car Zarco et Tere vivent aux marges de la ville et leurs activités vont vite les signaler à la police. Mais avec eux, Ignacio découvre aussi l'audace, la fantaisie, une certaine liberté, jusqu’à l'expérience de trop qui les séparera. C'est deux décennies plus tard que, devenu avocat pénaliste, Ignacio devra défendre Zarco. Alors il lui faudra enquêter sur ce qu'ils étaient vraiment, sur les activités de la bande qu'ils connaissait et sur celles qu'ils ne connaissait pas, sur l'engrenage des mauvais coups et sur cette trahison demeurée mystérieuse...
C'est surtout une enquête, profonde et émouvante sur ce qui fait le destin, le salut de l'un, le naufrage des autres.

samedi 8 février 2014

à lire : " Les passagers de la foudre " Erik LARSON ( Cherche Midi, 22 euros )

Avec les prodigieux progrès de la technique, le travail des assassins est aujourd'hui bien compliqué. Mais c’était déjà le cas en 1910 : si Marconi n'avait pas inventé le télégraphe sans fil, le distingué docteur Grippen n'aurait jamais eu à rendre compte de l'assassinat de sa femme. Cette affaire, qui passionna les Anglais et sidéra les Américains au point d'inspirer Hitchcock pour " Fenêtre sur cour ", est ici racontée sous forme mi roman mi récit, qui laisse le lecteur admiratif par la documentation et le souci du détail. Du détail horrible parfois car le Dr Crippen n’était pas un tendre. Il avait du entendre la phrase célèbre d’Édouard VII : " Peu importe ce que vous faites mais n'effrayez pas les chevaux ! "