vendredi 10 mai 2013

À lire :"Quattrocento" de Stephen GREENBLATT (Flammarion , 21.90 euros)

Un matin de l'hiver 1417, un cavalier avance lentement dans la campagne allemande. Il est italien et s'appelle Le Pogge et va de monastère en couvent à la recherche de manuscrits perdus. Cet érudit qui fut secrétaire de plusieurs papes et qui a donc quitté le confort de la cour romaine pour l'incertitude des routes, est persuadé qu'il va retrouver une copie des oeuvres du philosophe grec le plus combattu par les penseurs chrétiens : Épicure. Mais que contenaient donc de si subversif ces textes ? En quoi ce qu'on nomme l'épicurisme est-il si dangereux pour le pouvoir papal ? Et Le Pogge cherche-t-il ces textes pour les faire disparaitre ou pour en faire son miel ?
Inspiré de personnages réels et de circonstances ayant vraiment existé, ce roman follement érudit est aussi un récit captivant du conflit intellectuel qui a vu la fin des écoles de philosophie antiques et la résurgence incroyable de ces philosophes grecs et de leurs leçons de liberté au cours de ce XV° siècle ("Quattrocento" pour les Italiens).
Ce roman, qui a obtenu aux USA le prix Pulitzer 2012 et le National Book Award 2011, est une plongée fascinante dans ces époques obscures si mal connues et si vivantes.

mercredi 1 mai 2013

À lire :"Louise de Bettignies, espionne et héroïne de la Grande Guerre" de Chantal ANTIER (Tallandier , 19,90 euros)

Née dans une grande famille désargentée de Lille, Louise est cultivée et polyglotte. Elle s'apprête, en 1914, à entrer au Carmel quand éclate la guerre. Bientôt la Belgique et le nord de la France sont occupés. Les familles sont séparées et le courrier ne passe plus. Louise, avec d'autres, va se charger de transmettre les lettres clandestinement. Repérée par les services secrets... anglais, on lui propose d'organiser un service de renseignements s'étendant sur toute le Belgique. Elle accepte et devient "Alice Dubois". Son audace et sa maîtrise de l'allemand vont donner des résultats inespérés. Jusqu'à ce jour d'octobre 1915 où elle tombe dans les filets des Allemands. Alors pour elle le plus dur commence...
Il est étonnant de rencontrer dans l'histoire une jeune femme élevée dans les principes rigides de l'époque et osant pourtant s'engager dans une action aussi risquée et peu "convenable", surtout pour le milieu d'où elle était issue. Le beau récit de Chantal Antier, docteur en Histoire et spécialiste du rôle des femmes pendant la Grande Guerre, révèle une femme à la fois mystique et en avance sur son temps.

samedi 27 avril 2013

À lire : "Dans les coulisses du monde. Du Rwanda à la guerre en Irak, un grand négociateur révèle le dessous des cartes" de Jean-Marc de la Sablière (Robert Laffont , 22 euros)

Si le journaliste est l'historien du présent, le diplomate Jean-Marc de la Sablière se fait ici l'historien du passé immédiat. Ambassadeur de France au Caire, à l'ONU puis à Rome, directeur Afrique au Quai d'Orsay, conseiller diplomatique puis sherpa de Chirac, il a été plus que dans les coulisses, sa modestie dut-elle en souffrir. Ces mémoires vivantes et écrites sans langue de bois racontent une vie loin des caméras mais au plus près du vrai pouvoir, là où rien n'est joué et où tout est à négocier. Nous qui sommes mis au courant des décisions quand elles sont déjà prises ou des évènements quand ils sont terminés, pour une fois nous sommes immergés dans ces rencontres secrètes, négociations et conciliabules où en réalité tout se décide. Et l'on découvre que derrière la politesse de façade de la diplomatie, une bataille sans merci peut se jouer. Ainsi les négociations à l'ONU autour du non français à la guerre en Irak : ce sont des nuits sans sommeil, des réécritures sans fin de textes, des batailles de mots pour défendre des principes. L'écriture fluide et élégante de Jean-Marc de la Sablière donne au lecteur la délicieuse sensation de côtoyer ces lieux où se joue le sort du monde...
Jean-Marc de la Sablière présentera son livre à La Rue en Pente le samedi 11 mai à 17 heures.

mardi 23 avril 2013

À lire :"Madame Elisabeth" de Anne BERNET (Tallandier , 23.90 euros)

Elle est née au paradis et morte en enfer.
Petite dernière des cinq enfants du fils de Louis XV, elle est destinée à une vie d'oisiveté et de vanité. Elle va pourtant recevoir une éducation soignée, va même devenir une mathématicienne  d'un bon niveau et une excellente dessinatrice. On pense un temps la marier au frère de Marie-Antoinette, l'empereur Joseph II, ce qui lui aurait valu un autre destin. Elle obtiendra de rester célibataire et choisira de rester auprès de son frère Louis XVI dans les épreuves, montrant à différentes reprises un courage qui impressionna même les révolutionnaires (comme lorsque en juin 1792 le peuple de Paris envahit les Tuileries et la prirent pour la reine. Elle ne les détrompa pas, risquant de peu d'être prise à partie). Cette fidélité l'entraîna dans la fuite à Varennes... et jusqu'au pire.
Une belle biographie, assez vieille France dans son style, mais le sujet ne s'y prête-t-il pas ?

mardi 16 avril 2013

À lire :"Vert-de-gris" de Philip KERR (Le Masque , 22 euros)

Quand le roman commence, on est à Cuba en 1954.
Bernie Gunther a décidé de mettre les voiles vers le Mexique. Cet ancien officier SS fait l'objet d'un chantage de la part d'un policier pourri du régime de Battista. Manque de chance, il est intercepté par les Américains qui comprennent vite que cet ancien policier berlinois est un faux nazi. Forcé d'entrer dans la SS, il a dû participer à son corps défendant à des tueries épouvantables et a réussi à se faire réaffecter à la police de Berlin.
Mais ce qui intéresse les Yankees, c'est qu'il a bien connu un certain Erich Mielke, ancien chef SS devenu le nouveau directeur de la STASI en Allemagne de l'est.
Sous une nouvelle identité, Gunther va devoir renouer avec Mielke...
Voici le 7° volet des aventures de Bernie Gunther, l'ancien policier revenu de tout, mais s'amusant de tout. Dans un langage bien relevé, l'anglais Philip Kerr nous prive définitivement de toute illusion sur la nature humaine tout en dressant un tableau extraordinairement documenté des milieux de l'espionnage. Poussée d'adrénaline garantie !

lundi 8 avril 2013

À lire :"L'écriture du monde" de François TAILLANDIER (Stock, 19 euros)

Il y a plus inconnu pour nous que l'époque Ming en Chine ou l'empire aztèque au Mexique : ces temps obscurs de la fin de l'empire romain à l'émergence des Carolingiens. Ce roman savant et mystérieux nous plonge dans ce sombre sixième siècle où les papes s'appellent Anaclet ou Sabinien, où l'empire a sa capitale à Constantinople et où l'on s'entretue pour savoir si la vierge Marie peut être appelée Mère de Dieu.
Au milieu des villes désertées subsiste un semblant de vie politique et l'on se donne encore du "citoyen" et du "sénateur". Mais le pouvoir est exercé par ces parvenus que sont les Lombards et leurs rois illettrés. Cassiodore, un vrai romain, s'est mis à leur service car il faut bien que la machine de l'État fonctionne. Mais jusqu'où les servir sans perdre son honneur ? Et peut-on bien faire son office quand de toute son âme on regarde vers un passé idéalisé ?
Cinquante ans plus tard, c'est une jeune princesse germanique devenue par hasard reine à part entière, Théolinda, qui va faire l'apprentissage du pouvoir c'est à dire apprendre à choisir : devenue chrétienne de fraîche date, doit-elle se soumettre à l'empereur si loin là-bas à l'est ou soutenir ce pape qu'elle admire, Grégoire le Grand ?
Vous l'avez compris, nous sommes là dans un roman sévère et érudit à la Yourcenar : le lecteur est fasciné par ces temps barbares et pourtant splendides où les murs des églises sont de mosaïques dorées et où le plus important est de savoir si Jésus avait bien une double nature, humaine et divine...
Très loin de nous, et c'est pour cela que ce roman est fascinant.

samedi 30 mars 2013

À lire :"La vieille qui voulait tuer le bon dieu" de Nadine MONFILS (Belfond , 19 euros)

Pour notre plus grand plaisir, nous avons fait la connaissance de Mémé Cornemuse dans "Les vacances d'un serial killer"(2011) où déjà elle avait mené une enquête de manière... très personnelle.
En littérature elle est le pendant de Bérurier, le collègue de San Antonio, vous voyez le genre.
Il faut dire que dans ce nouveau roman elle n'a pas de chance : devenue concierge, elle va être confrontée à un meurtre pénible ; Ginette Plouf (sic), la locataire du premier, fan de lady D, découvre son mari Marcel définitivement trucidé, l'organe reproducteur dans le frigo, planté dans le camembert. Y en a qui ont de drôles d'idées...
Mémé Cornemuse va donc lancer une enquête radicale comme d'habitude : les nuances, elle connait pas.
Un roman profondément  immoral : il fait rire avec le malheur des autres.